http://www.lequipe.fr/Cyclisme/20040712_122916Dev.html
L'analyse d'Eric Boyer
Eric Boyer, notre consultant, revient sur la première semaine de course,
jauge la performance de Lance Armstrong , évoque Jean-Patrick Nazon, et
estime que la course va devenir de plus en passionnante au cours des
prochains jours.
Quel regard portez-vous sur cette première semaine de course ?
«Par rapport aux éditions précédentes où il ne se passe généralement pas
grand chose lors des étapes de plaine, ce n'est pas le cas cette année où on
ne s'ennuie absolument pas. Finalement, ce sont les conditions
météorologiques qui ont donné du piment à la course. A l'image de la
formation CSC, auteur d'une "bordure" lors de l'étape de Châteaubriant, les
équipes de routiers-sprinters, qui sont là pour marquer des points, se
lâchent. Les phases offensives sont plus que jamais intéressantes et c'est
une excellente chose pour l'intensité de la course. On peut remarquer
l'absence des grands sprinters et l'émergence d'une nouvelle génération
symbolisée par Nazon, Boonen et Hushovd.
Quel coureur avez-vous remarqué en particulier ?
Justement, j'ai beaucoup aimé Jean-Patrick Nazon. Il m'impressionne depuis
longtemps. Je continue de penser que c'est l'un des plus grands sprinters du
monde. Il a malheureusement du mal à assumer ses responsabilités sans doute
en raison d'une trop grande timidité. Il doit croire en son énorme
potentiel. Son équipe,l'AG2R, devrait davantage l'épauler psychologiquement
pour qu'il puisse revendiquer totalement ses grandes aptitudes.
Comment se situe Lance Armstrong après cette semaine éprouvante ?
Il est là. Au mois de juin, il avait éprouvé certaines difficultés dans ses
courses préparatoires et notamment sur le Dauphiné Libéré. On peut toutefois
se demander s'il ne bluffe pas. C'est un gros point d'interrogation pour la
majorité des observateurs. C'est vrai que par le passé, il a toujours un peu
fonctionné comme ça, mais là, il ne peut plus employer cette tactique.
Et ses principaux rivaux ?
Roberto Heras, Jan Ullrich et Tyler Hamilton ont franchi le cap de la
première semaine, somme toute assez tranquillement. Attention à Jan Ullrich
qui devrait se montrer aérien dans la montagne. Je crois beaucoup en Roberto
Heras. Il a réussi à passer sans dommages cette première semaine de course
sans faire parler de lui à l'instar de sa formation Liberty Seguros. Dans
une course comme le Tour de France, arriver à faire ça, c'est l'idéal.
J'attends de voir également si Tyler Hamilton et la Phonak sont capables de
rivaliser avec Lance Armstrong. Je pense qu'ils ont les moyens de le faire.
Comment voyez-vous la suite des événements ?
Encore un peu de patience et nous devrions assister à une belle bagarre au
cours des prochains jours. Pas ce mardi où il ne devrait pas y avoir de
grosses surprises lors de l'étape de Guéret, mais plutôt mercredi avec le
tronçon Limoges-Saint-Flour. Il y aura alors une libération d'énergie qui
devrait être positive pour l'intérêt de la course. Elle laissera encore sur
le carreau des candidats à la victoire finale. Toutefois, je ne crois pas
que le profil du futur vainqueur se dessinera au sortir des Pyrénées mais
plutôt après le clm de l'Alpe-d'Huez.»