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http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3242,36-671812@51-627740,0.html
Kristin Armstrong, l'ex-femme du sextuple vainqueur du Tour, l'appelait son
"H2" ("husband n° 2" , "mari n° 2"😉. Mécanicien, entraîneur, confident,
intendant, traducteur, jardinier, gardien, chauffeur... pendant deux ans, le
Texan Mike Anderson, 33 ans, a été l'assistant personnel de Lance Armstrong.
Les anciens "amis" s'affrontent aujourd'hui devant un tribunal d'Austin
(Texas). Le procès pourrait se tenir en décembre. Mike Anderson veut en
profiter pour "convaincre les autorités du sport que Lance Armstrong est un
tricheur" .
Comment avez-vous rencontré Lance Armstrong ?
Je l'ai rencontré alors que je travaillais dans un magasin de maintenance de
cycles, à Austin. Lance y laissait ses vélos en dehors de la saison. Je me
suis occupé de tous ses vélos pendant environ deux ans avant qu'il ne me
propose, en novembre 2002, de travailler directement pour lui. Nous avons
commencé à faire du VTT ensemble et sommes devenus amis.
Pourquoi s'est-il séparé de vos services deux ans plus tard ?
Il ne m'a jamais fourni d'explications. Pour moi, il m'a licencié pour la
découverte que j'ai faite en février 2004. Alors que je rangeais les
affaires de son ex-femme dans sa maison de Gerone (Espagne), avant son
arrivée avec Sheryl Crow, j'ai trouvé une boîte portant le nom d'un stéroïde
[androstenine] dans la salle de bains. Je n'en ai pas parlé à Armstrong
mais, juste après, notre relation s'est brusquement détériorée. Il était
évident pour moi que Lance s'était rendu compte de ma découverte. A partir
de ce jour, il a cessé de me traiter comme un ami, voire un frère, et a
commencé à nous traiter, ma femme Allison et moi, comme des domestiques.
Etes-vous sûr que le produit que vous avez trouvé dans la salle de bains
était un stéroïde ?
Je n'en ai aucun doute. J'ai une connaissance de base de la médecine. Ma
mère était infirmière. Mes sours et mes oncles travaillaient également dans
le milieu médical. J'ai grandi dans cet entourage : je sais identifier un
médicament. Et j'ai vérifié sur le site Internet de l'AMA [Agence mondiale
antidopage] : c'était un androgène appartenant à la liste des substances
interdites.
Dans votre plainte, vous mentionnez également un contrôle antidopage inopiné
auquel se serait soustrait le coureur...
L'épisode s'est passé avant le Tour 2004, en avril ou mai, à Austin. Je
reçois un appel d'un proche de Lance qui était en train d'essayer de le
localiser : il m'explique que des représentants de l'Usada [Agence
antidopage américaine] ou de l'AMA sont présents devant son ranch de
Dripping Springs pour effectuer un contrôle inopiné. Lance me disait
toujours où il se trouvait et il aurait dû être à son ranch. On m'a demandé
d'aller m'assurer que les contrôleurs étaient repartis. Ce que j'ai fait.
Selon vous, Lance Armstrong a utilisé des substances dopantes pour remporter
le Tour ?
Je n'ai aucun doute sur le fait qu'Armstrong a utilisé des produits
interdits pour gagner le Tour de France. Avant de remporter le Tour 2004,
Lance m'a tenu des propos qui sont pour moi un aveu. Nous parlions du
coureur belge Johan Museeuw, qui avait été inquiété pour avoir utilisé des
stéroïdes[il a depuis été suspendu quatre ans par sa fédération] . Armstrong
m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : "Tout le monde fait ça !" Il
attendait une approbation de ma part au fait que lui aussi, comme tout le
monde, prenait des stéroïdes. Armstrong a réagi très froidement quand j'ai
refusé de dire que je comprenais que tout le monde prenait des stéroïdes.
Après cet échange, il y a eu plus de distance entre nous.
Quelles étaient les relations entre Armstrong et le médecin italien Michele
Ferrari ?
Armstrong avait peur d'être aperçu avec lui. Il parlait de Ferrari comme du
"Docteur Evil" . Il ne voulait pas que la presse le voie : il me demandait
toujours d'aller le chercher à l'aéroport quand il venait à Austin ou à
Gerone. En décembre 2002, pendant un camp d'entraînement à Austin, l'équipe
était dans un hôtel du centre mais Armstrong m'avait donné l'instruction
d'aller récupérer Ferrari à l'aéroport pour l'emmener dans une chambre en
dehors de la ville pour échapper aux médias. Armstrong rencontrait aussi
Ferrari plusieurs fois par an à Gerone pour des tests, parfois avec Ekimov
ou Hincapie. En juin 2004, juste avant le Tour, ma femme a reçu un e-mail
dans lequel Armstrong écrivait : les "Tests sont bons (même Schumi est
impressionné) et nous sommes prêts pour le 6e". Schumi était le nom de code
de Michele Ferrari en référence au pilote de formule 1 Michael Schumacher.
Les avocats d'Armstrong vous accusent de vouloir lui extorquer de l'argent
sous la menace de fausses accusations...
C'est comique que cela soit eux qui m'accusent de mensonges et d'extorsion !
Jamais je n'ai essayé d'"extorquer" de l'argent à Armstrong. J'ai seulement
voulu le prendre au mot : qu'il tienne la promesse qu'il nous avait faite à
moi et à ma femme de nous aider à ouvrir un magasin de cycles. Ma conduite
envers Armstrong a toujours été loyale et correcte alors que lui m'a menacé
et insulté. Il m'a publiquement diffamé et a sali ma réputation. C'est très
dur pour moi, maintenant, à Austin, car il y a beaucoup de fans de Lance. Je
suis devenu l'ennemi public numéro 1.
A-t-on fait pression sur vous pour que vous vous taisiez ?
Lance Armstrong m'a clairement fait comprendre que, si je ne renonçais pas à
la promesse qu'il m'avait faite, ce serait "la troisième guerre mondiale" et
que je ne retrouverais plus jamais de travail dans le vélo.
Après m'avoir licencié, lui et ses représentants [Luke David LLC] ont essayé
de me forcer à signer un accord de confidentialité. Pour obtenir trois mois
de salaire d'indemnités, je devais m'engager à ne divulguer aucune
information concernant Armstrong sous peine de devoir payer un million de
dollars de pénalités : ils me demandaient d'effacer deux ans de ma vie !
Armstrong m'a appelé plusieurs fois à la maison, y compris la nuit, pour me
mettre la pression. Il me disait qu'il avait beaucoup d'argent et d'avocats
pour me faire signer. Quand j'ai refusé, ils ont réalisé que je possédais
des informations le concernant qui pouvaient être dangereuses pour eux et
m'ont attaqué en justice en m'accusant d'extorsion.
Qu'attendez-vous du procès ?
Je suis déterminé à convaincre les autorités du sport que Lance Armstrong
est un tricheur. Il ne m'a pas seulement trompé, il a trompé ma femme (avec
la fausse promesse de nous aider à ouvrir une boutique de cycles) et le
monde entier. En utilisant des produits interdits, il trompe le cyclisme et
le public. Et ce n'est pas seulement par rapport à sa carrière qu'il a
menti, mais sur tous les aspects de sa vie. Personne ne réalise qui il est.
Personne ne connaît son vrai visage. L'image diffusée par les sponsors et
les personnes qui gèrent ses intérêts ne correspond pas à la réalité.
Armstrong n'est pas un type bien. Et j'aurais préféré ne jamais le
rencontrer.