http://www.lequipe.fr/Cyclisme/20051006_124025Dev.html
Encore des révélations
Des équipes participant au Tour de France se livreraient à des
autotransfusions avant le départ des étapes, accuse un ancien médecin de
l'équipe américaine US Postal, jeudi, dans le journal L'Equipe.
Prentice Steffen, qui a quitté l'US Postal fin 1996 avant l'arrivée de
l'Américain Lance Armstrong, a décrit le procédé en parlant de propos
rapportés et sans citer le nom de son informateur.
«Avant de se rendre au départ du dernier Tour de France, les coureurs de
certaines équipes, lors de leurs divers camps d'entraînement, ont pris de
l'EPO et fait grimper leur taux hématocrite, peut-être aux alentours de 60.
Puis, un médecin a ponctionné leur sang, le conservant dans des poches
spéciales, pour faire redescendre leurs paramètres sanguins dans la norme
afin qu'ils passent sans difficulté les contrôles médicaux d'avant-Tour», a
expliqué le médecin, qui travaille actuellement avec une équipe américaine
espoirs (TIAA-CREF).
«Les équipes savent bien que, pendant la course, les vampires
(médecins-contrôleurs) peuvent passer n'importe quel jour, mais toujours
entre 7 et 8 heures du matin, à une demi-heure près. Passé cet horaire, il
n'y a plus de contrôles et les coureurs pouvaient alors se faire réinjecter
leur propre sang. Ils couraient donc l'étape avec cet avantage énorme -ils
devaient osciller entre 55 et 58 d'hématocrite pendant la course- puis, le
soir à l'hôtel, on leur prélevait à nouveau le surplus sanguin pour qu'ils
dorment sans risque et surtout qu'ils échappent aux éventuels contrôles du
lendemain matin», a ajouté le Dr. Steffen.
Prélèvement juste avant le départ
Selon le médecin, cette pratique a été utilisée seulement à l'occasion
d'étapes déterminantes: «C'est tellement simple de faire cela et il n'y a
aucun risque de se faire prendre si la police n'intervient pas. Le sang
était convoyé par moto dans un compartiment réfrigéré.»
Pour le médecin américain, l'issue pour mettre fin à cette pratique
consisterait à opérer un prélevement sanguin juste avant le départ,
«pratiquement sur la ligne».
Le Pr Michel Audran, spécialiste français du dopage sanguin, a confirmé au
journal la faisabilité de ce procédé. Il a jugé «ce type de manipulations
tout à fait plausible, scientifiquement et matériellement, dans les
conditions d'une course à étapes».
Pour lutter contre cette dérive, le pharmacologue français a également
suggéré «un prélèvement urinaire et sanguin juste avant le départ». Pour le
sang, il suffirait «d'une goutte de sang sur le doigt, comme le font les
pédiatres, sur la ligne de départ, afin de mesurer l'hématocrite». «Je l'ai
moi-même fait lors de protocoles de recherche sur des rugbymen et des
handballeurs à Montpellier avant les entraînements et, croyez-moi, cela ne
les avait nullement gênés», a conclu le Pr Audran.