Road Cycling · Public discussion

From l'Humanite

Started by B. Lafferty · · Last activity · 1 post · 281 views

This thread is locked and is currently read-only.

Thread details

What we know about this thread

Original section
Road Cycling
Published
26 July 2004
Last activity
26 July 2004
Original author
B. Lafferty
Posts
1
Discussion status
Public discussion
Total views
281
Views / 30 days
0

The navigation and discussion metadata provide context. Posts remain in their original chronological order.

Showing posts 1–1 of 1
Posts remain in their original chronological order.

Text size
  1. Mystère Lance
    Vainqueur d'un 6e Tour, l'Américain Lance Armstrong entre dans l'histoire du
    cyclisme. Il dépasse au palmarès Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Le
    Belge Tom Boonen l'emporte au sprint sur les Champs-Élysées.

    " Je ne parlerai pas de domination écrasante de ma part. " Au pays de nos
    rêves, il réciterait les contes de fées à nos gamins tous les soirs et l'on
    s'endormirait la tête dans les étoiles, tranquilles, heureux, confiant
    envers le genre humain. " La bonne condition, c'est le résultat de l'
    entraînement, de la chance et d'une santé parfaite pendant toute la course.
    " Au pays de la réalité, éprouvé chaque année par trois semaines d'une
    épreuve physique parmi les plus difficiles qu'on puisse imaginer, il se
    transforme en expérience de l'étrangeté des êtres humains qui " cheminent
    non pas sans but ", mais dans la " certitude du but par certains chemins "
    (1). " En 1999, je n'ai jamais pensé qu'il y aurait tout cela par la suite.
    " La haute compétition est aussi un art de l'imaginaire. " Maintenant, je
    réalise que je casse un record, que c'est l'histoire du cyclisme. " Il se
    découvre un destin d'Américain que la gloire du vélo laissait indifférent. "
    C'était un défi très spécial, beaucoup de gens pensaient que ce n'était pas
    possible " (2). À l'heure de comprendre ce qu'il n'entrevoyait même pas,
    avec des mots plus humains qu'autrefois et une tendance à la componction,
    Lance Armstrong joue là son meilleur rôle. Il s'en amuse presque. Sachant
    que son regard d'outre-monde ouvre des perspectives dérangeantes.

    Son mental

    Tout a été dit et écrit sur la résurrection du bonhomme, au point que
    certains professeurs de médecine, émérites et reconnus, aujourd'hui, doutent
    même (sans honte) de la réalité de sa maladie. L'excès ainsi exprimé par
    quelques-uns traduit au plus juste la somme d'incompréhension renvoyée par
    la personnalité d'Armstrong. Cette capacité au dépassement psychologique
    intrigue. Rencontré par l'Humanité en 1993 avant même le départ de son
    premier Tour de France au Puy-du-Fou, donc bien avant son cancer, il
    affirmait déjà : " Je suis impressionné d'être là. C'est très excitant parce
    qu'il s'agit d'un très grand show. Je veux réussir. " Avec le recul, les
    mots peuvent paraître anodins, mais sa manière de le dire, avec cet accent
    inimitable de l'époque, nous avait non seulement impressionnés sur la
    détermination de l'homme à " réussir", mais, derrière l'arrogance évidente d
    'un gamin de vingt et un ans débarqué de son Texas natal, pointait, avec
    éclat croyez-nous, l'envie d'en découdre avec le monde entier et cette
    Europe du cyclisme fière de sa tradition.

    Onze ans plus tard, une rupture psychophysiologique, qui aurait pu entamer
    son orgueil jubilatoire, l'a au contraire transformé en mental hors du
    commun. En relisant sa biographie (3), où il évoque longuement son combat
    contre les métastases et cette " terreur de mourir" durant " une année
    entière", il écrivait : " Je suis un survivant et chaque jour qui passe est
    un jour gagné. " Et aussi, après sa guérison annoncée à la fin de l'hiver
    1998 : " Désormais, quelle forme étais-je censé donner à ma vie ? Que faire
    maintenant ? " Et il ajoutait, lui-même étonné de cette aventure à dormir
    debout : " Quelle part ai-je pris à ma propre survie ? Quelle est celle de
    la science ou du miracle ? " Lui connaît sûrement la réponse - ou le
    croit-il. Et quel que soi l'importance qu'il veut bien attribuer à son
    mental pour expliquer cette rémission, il est aujourd'hui l'une des clefs de
    ses succès, l'une des rares explications " rationnelles " à sa capacité d'
    endurer non la souffrance d'un Tour, mais bien ces surcharges d'
    entraînements qu'il s'impose dès le mois de février. Johan Bruyneel, son
    directeur sportif, l'affirme : " Je n'ai jamais vu quelqu'un souffrir autant
    sur un vélo, bien avant la Grande Boucle. Mais que vaut cette souffrance à
    côté de celle qu'il a connue quand il était sur son lit d'hôpital ? "
    Armstrong confirme : " Je me sens l'obligation de réussir ma vie mieux qu'
    auparavant. "

    Sa maladie

    Un cancer des testicules se soigne plutôt bien. À condition de le détecter à
    temps. Le problème, avec Lance Armstrong, c'est que les médecins, très tôt,
    se dirent " très inquiets ". Chimiothérapie, opérations (dont deux au
    cerveau pour extirper des lésions), le désastre est quasi programmé. On
    parle de cancer " hors de contrôle", en voie de généralisation, aux poumons,
    à l'estomac. " On avait plus de réserves sur ses chances de survie que sur
    ses chances de reprendre la compétition ", avait expliqué alors son
    urologue, le Dr Reeves, qui souligna, à plusieurs reprises sans en dire
    plus, que dans le cas d'Armstrong la thérapie n'était pas " nocive pour son
    métier " aussi longtemps qu'il la suivrait.

    Et le type sauva sa peau. Qu'ajouter à cela en vérité ? Ceux qui osent
    encore écrire, en 2004, que le coureur Armstrong, sous l'effet des
    médications, en partie expérimentaux, n'est plus le coureur Armstrong d'
    avant 1997 sont donc tout aussi suspects que le patient triomphateur. À quoi
    bon ? Pourquoi s'émouvoir encore ? Quand Federico Bahamontes, certes âgé de
    soixante-seize ans, affirme dans la presse espagnole que l'Américain "
    continue à prendre ces médicaments", ce qu'il n'est pas le seul à croire ou
    à savoir, le vieux monsieur passe pour un fieffé " salaud " dans la bouche
    de quelques commentateurs ex-coureurs. Quand Stephen Swart, ex-coéquipier d'
    Armstrong chez Motorola, affirme que l'un comme l'autre prenaient de l'EPO,
    il est " aigri ". Quand Prentice Steffen, ex-toubib de l'US Postal, déclare,
    pas plus tard qu'hier à l'AFP, qu'il a été licencié par l'équipe américaine
    pour avoir refusé de prescrire des produits dopants, on évoque une "
    vengeance ". Quant au fameux livre LA confidentiel (4), où une ex-masseuse
    accuse le Texan de s'être dopé et où Greg LeMond pense qu'Armstrong ferait
    mieux de confesser ses fautes, il s'agit bien sûr d'un " coup médiatique à
    des fins commerciales ". Quand, enfin, on s'interroge publiquement sur ses
    liens avec le sulfureux médecin sorcier Michele Ferrari, il réplique que l'
    Italien " est l'une des personnes les plus correctes dans le monde du
    cyclisme ". Les exemples ne manquent pas. Mais ils sont balayés. Autant par
    l'intéressé que par la direction du Tour - du moins publiquement. Un médecin
    le clame pourtant : " Il n'est pas mort de son cancer, et ça, c'est
    formidable, il ne faut jamais l'oublier. Mais pourquoi refuse-t-il de dire
    qu'il continue à absorber certains des protocoles d'un grand laboratoire
    américain, comme s'il était encore malade ? Pourquoi ? " Seulement : aucune
    preuve.

    Sa légende

    Quand il ne refuse pas de s'épancher, enfin oublieux de ses certitudes,
    Lance Armstrong revient parfois sur l'essentiel de son tempérament. " Ma
    course contre le temps, raconte-t-il sincèrement, m'a donné le goût de me
    battre et m'a fait comprendre qu'on ne peut pas gagner le Tour tant qu'on n'
    est pas un homme. " Il faut le croire. Dans cet enfer physique qu'a toujours
    été le Tour, plus encore aujourd'hui qu'hier en raison du caractère de plus
    en plus pointu des préparations physiques et des moyennes horaires
    ingurgitées quotidiennement, Lance Armstrong, qui n'a plus rien d'autre à
    perdre " que la vie", s'astreint, avec une fraîcheur d'âme insondable, à un
    professionnalisme absolu. N'en doutons pas. Il reste celui qui roule le plus
    en hiver, celui qui reconnaît le plus les parcours, les ascensions,
    infligeant à ses coéquipiers des sorties éprouvantes hors caméra et sa vie
    médiatique de star aux côtés de la chanteuse Sheryl Crow. L'Allemand Jan
    Ullrich, 4e cette année, son plus mauvais résultat dans le Tour, méditera
    longtemps en lisant cette citation d'Armstrong le concernant : " Il a le
    talent pour lui, le plus impressionnant du cyclisme depuis longtemps. Moi, j
    'ai le travail. " Capable d'éloges, le Texan : qui l'eut cru à l'heure de
    son entrée dans le Panthéon du cyclisme ?

    Alors ? D'où vient ce désenchantement profondément incrusté dans le sillage
    de ce maillot jaune historique ? Pourquoi le chroniqueur suiveur, pourtant
    endurci par quinze années de Grande Boucle et parce qu'il en a vu d'autres,
    des drames et des morts, des lauréats de pacotille et d'authentiques
    virtuoses dépassés par la biologie, éprouve-t-il autant de pudeur à écrire
    deux simples mots : " Bravo champion ! " Est-ce le caractère démoniaque du
    personnage, mis à nu vendredi lorsqu'il humilia Filippo Simeoni, l'un de ses
    contradicteurs les plus virulents, en l'empêchant de disputer ses chances
    dans une échappée ? Non. Est-ce parce qu'il " efface " des tablettes ses
    illustres prédécesseurs Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain ? Non, car non
    seulement il " n'efface " rien mais aucune comparaison n'est envisageable
    sérieusement (sans quoi il faudrait admettre que Richard Virenque est le "
    plus grand grimpeur de tous les temps "😉 et que, à l'inverse de tous ses
    prédécesseurs, dont le souvenir se plaquera sous ses roues désormais comme
    des ombres malfaisantes, il n'a jamais réalisé le doublé Giro-Tour. Est-ce
    parce qu'en six années de domination outrageante il n'a jamais failli ? Non
    plus, car après tout, les records existent pour être dépassés et en disent
    plus sur l'époque que sur les champions eux-mêmes. Est-ce parce que de
    sombres naïfs le voient maintenant comme " le plus grand " ? Encore moins :
    son palmarès pèse peu à côté de ceux de Merckx ou d'Hinault.

    Alors ? Le Tour de France, dans sa folie géniale à créer des personnages à
    la hauteur de sa mythologie, dans sa 101e année d'existence, vient d'en
    finir avec nos Tours d'enfance. Armstrong est-il le seul responsable ?
    Évidemment pas. Théâtre piétiné par un sport toujours en crise, la Grande
    Boucle, soumise à la nécessité épique des champions du moment, doit honorer
    de bon coeur un Américain perfectionniste et supérieur physiquement,
    tactiquement, montrant une intelligence des circonstances réelle. sans que
    celui-ci ne soit parvenu néanmoins à tisser un lien d'affection réciproque
    avec le public du Tour qui lui témoigne des sentiments ambivalents d'
    admiration et de rejet. Comme s'il concentrait trop d'interdits, trop de
    suspicions, pour qu'on puisse accueillir ses performances avec sérénité,
    malgré l'instant.

    17 h 43. En haut des Champs-Élysées, Lance Armstrong se dresse sur sa selle
    en franchissant la ligne, jette un regard droit vers le ciel parisien,
    canalisant ses instants. Sextuple vainqueur. Seul au monde. Premier homme à
    poser le pied sur le nouveau toit du Tour. " Je sais ce que cela signifie ",
    dit-il enfin sans restriction. Le poids de l'histoire.

    Jean-Emmanuel Ducoin

    (1) Maurice Blanchot.

    (2) Propos tenus par le sextuple vainqueur lors d'une conférence de presse,
    samedi à Besançon, après son contre-la-montre victorieux.

    (3) Il n'y a pas que le vélo dans la vie, par Lance Armstrong, Albin Michel,
    2000.

    (4) LA confidentiel, les secrets de Lance Armstrong, de Pierre Ballester et
    David Walsh, Éditions de La Martinière.

Active in the last 60 minutes

Active in this thread

0 users · 0 guests ·0 bots ·0 total

No signed-in users are active right now.

No known search crawlers active right now.